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Musique et Nostalgie: La collection Exotissimo, "Prends un pagne Chérie, on est invité !"

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Musique et Nostalgie: La collection Exotissimo, "Prends un pagne Chérie, on est invité !"

Si un disque ne se résume jamais à la seule musique qu'il contient, on reste néanmoins toujours surpris par l'imagination que possédaient certains il y a quelques décennies pour donner de la valeur ajoutée à leur produit.

Ainsi, dans les année 1970, Serge Franklin mettait au point la collection "EXOTISSIMO" où se mélangeait naturellement musique (avec beaucoup de compositions originales), recettes de cuisine, et organisation de fiesta pour les amis. A une époque où les voyages lointains étaient un luxe réservé à quelques uns, on avait droit au package complet du dépaysement à moindre coût. Une petite brochure glissée dans la pochette explique tout du déroulement de la soirée idéale. Rétrospectivement, les conseils font un peu sourire. Voir débarquer Gérard de la compta ou sa belle-sœur en tenue brésilienne pour une immersion en terre lointaine devait donner lieu à des situations plutôt improbables. Car si tout ici reste sous le signe de la détente, la minutie des conseils donnés (disposition des haut-parleurs, ambiance, boissons, déroulement du week-end...) va au-delà de la simple soirée déguisée, on ressent de réelles velléités à explorer un univers inconnu.

Musique et Nostalgie: La collection Exotissimo, "Prends un pagne Chérie, on est invité !"
Musique et Nostalgie: La collection Exotissimo, "Prends un pagne Chérie, on est invité !"
Musique et Nostalgie: La collection Exotissimo, "Prends un pagne Chérie, on est invité !"
Musique et Nostalgie: La collection Exotissimo, "Prends un pagne Chérie, on est invité !"
Musique et Nostalgie: La collection Exotissimo, "Prends un pagne Chérie, on est invité !"

Si aujourd'hui, on se projette plutôt difficilement dans l'organisation de telles soirées, fort heureusement, la musique en elle-même s'écoute sans difficultés. Alternant le plus possible les grands courants musicaux brésiliens, on profite ainsi de la batucada, du berimbau, de la samba... Une excursion express en quarante minutes, exécutée par d'excellents musiciens (autre spécificité de l'époque) avec entre autres l'énigmatique Siegfried Kessler aux claviers, capable de jouer donc du free-jazz, d'accompagner Jacques Bertin ou bien ici de syncoper en douceur pour que l'on passe un apéro de qualité, comme sur ce nostalgique Samba Saude, aux sonorités de clavecin un peu baroques.

Maintenant que ce genre de réunion-découverte relève de l'improbable absolu, on touche avec la redécouverte de telles curiosités toute une atmosphère disparue, empreinte d'une naïveté insouciante qui semble aujourd'hui bien désuète si ce n'est complètement ridicule. Qui oserait demain se farcir une fejoada pour dix invités qui joueraient les autochtones tropicalisés ? Les soirées déguisées ne sont qu'un prétexte pour se retrouver et non plus un but en soi. On cherche en vain des exemples aujourd'hui de ces projections de diapositives interminables ou de ces soirées "Bol de riz" perdues à essayer de toucher la misère du Tiers Monde. S'ennuyer pour la bonne cause n'est décidément plus d'actualité.

Ainsi on arrive inéluctablement à un âge où nos premiers souvenirs ne gardent qu'un vague rapport avec notre existence actuelle. Les plus jeunes utilisent mieux les technologies, font tout plus vite, pensent différemment, nous surprennent, nous déroutent. Nous étions tous persuadés de ne jamais être dépassés et voilà que l'on rame comme nos parents il y a trente ans galéraient avec la télécommande du magnétoscope. On n'échappera donc pas à cette nostalgie qui a déjà touché nos ascendants et nous faisait alors vaguement sourire. Le "C'était mieux avant" a encore de longs jours devant lui. Et des films comme "Camille Redouble" distillent cette douce mélancolie émergeante de toute une génération, une génération qui regrette les walkman, les téléphones fixes, les pantalon en velours et un monde qui semble aujourd'hui si inoffensif que l'on rêve souvent d'y replonger.

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