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Une brève histoire (par l'exemple) du disque publicitaire

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Une brève histoire (par l'exemple) du disque publicitaire

Si la publicité et le monde musical ne s'associent aujourd'hui que pour remettre au gout du jour un air délaissé ou promouvoir une ritournelle exaspérante, leurs relations passées s'avéraient bien plus décomplexées. Support physique comme un autre, à une époque rétrospectivement plutôt préservée des grandes marées publicitaires, le disque et son contenu représentaient alors un moyen efficace de pénétrer au cœur du sacro-saint foyer français.

Retrouver par hasard certains de ces vestiges permet un retour en arrière immédiat, et on comprend que le disque vinyle avait alors plusieurs fonctions: petit cadeau promotionnel offert aux clients mais aussi plus sérieusement, vecteur de communication au sein d'une l'entreprise qui décide de récompenser ou de motiver ses petits gars qui n'en veulent.

Ainsi on ouvre l'imposant gatefold de "PepMusic", 33 tours vraisemblablement destiné au management interne du groupe Ducroc, et la folie des épices débarque avec Grilladin, Salagou et Pescadou ! Le petit discours "corporate" qui va bien, la présentation des produits, l'annonce de l'imminence insoutenable de la prochaine campagne publicitaire: les années 70 débarquent en force. Un truc à vous faire repeindre votre cuisine avec des losanges orange et caca d'oie.

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Piment d’Espelette sur la côtelette, la musique du disque se révèle d'ailleurs étonnamment réussie, mélange (épicé bien sur) de musiques latines et de funk, très efficace.

D'autres enseignes poussaient même le vice jusqu'à créer leur propre univers musical. Et dans ce domaine, on touche au sublimement kitsch avec Woolmark et ses airs léchés aux paroles toutes à l'honneur de la maille, "Chansons en laine" vend du rêve en paquet de douze. Destiné également à anticiper une future campagne publicitaire, le disque complètement improbable aujourd'hui, allie influences à la Michel Legrand et slogans chic et choc ("A même la peau", "J'aime les pulls Shetland"). Ainsi l’inénarrable "J'suis cool dans mes chaussettes" et sa mélodie imparable s'incruste dans votre esprit en moins de temps qu'il n'en fallait pour enfiler un pull Jacquart. Ce disque de commande permet aussi de retrouver de très grands instrumentistes d'alors avec la présence entre autre de Jean-Pierre Mas, Daniel Humair et Jean-Louis Chautemps, soient autant de pointures du jazz hexagonal qui trouvaient ici sans aucun doute un moyen d'arrondir un peu leurs fin de mois. Loin de l'artiste exclusif, tout à son œuvre, ces musiciens étaient aussi des artisans au service des autres, "requins" de studio emblématiques qui enfilait les heures d'enregistrement les plus divers comme des perles.

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Quand le disque n'était qu'un cadeau, récompense de la fidélité du client (comme les stations service Antar) ou petit appât permettant d'augmenter un peu les ventes, le contenu musical réservait moins d'audace, à l'instar d'Yves Saint Laurent qui se contente d'une petit 45t rose en hommage à Paris. Cependant, quelques titres convaincant surnagent, tel le bien nommé "I've Got the Sun Under my Skin" des Sunpower's, ode au bronzage intégral estival offert par Vanaos. Un jerk bien enlevé qui s'il fait le bonheur des amateurs de curiosités musicales, n'a pas vraiment porté chance à son généreux commanditaire, aujourd'hui disparu.

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Mais l'archéologie publicitaire permet aussi plus simplement de se prendre conscience de l'évolution des mentalités. Le mythique El Gringo de Jacques Vabre, connaisseur du bon café et grand amateur de la plongée de main dans les sac de grains chère à Amélie Poulain possède tous les traits du gentil blanc venu spolier avec le sourire l'Amérique du Sud. Apologie de la colonisation ? Que Nenni, tout le monde l'adorait ! Avec son costume impeccable, il déambulait en toute décontraction dans la misère pour notre plus grand plaisir ; et gare à celui qui essayait de fourguer de la mauvaise came au Gringo. En son honneur Jacques Vabre avait même sorti un disque hommage avec musique semi-brésilienne insignifiante et photos condescendantes intégrées dans la pochette...

Pire encore Bamboula, héros crée par la biscuiterie Saint-Michel pour promouvoir les galettes homonymes a ainsi eu les honneurs d'une bande dessinée et d'une chanson tout en nuances. L'hymne caricatural réussit à agréger en quatre minutes tous les clichés circulant sur l'Afrique et les Africains: La tenue en beau de bête, l'amour des animaux et l'organisation primitive entre autres : Bamboula y était donc naturellement roi de Bambouland. Le plus déconcertant reste le fait que personne ne trouvait cela bien dérangeant puisqu'il a fallu l'ouverture avortée d'un Village Africain sponsorisé par Saint-Michel, dans l'Ouest de la France au début des année 1990 (!!), pour enterrer définitivement et sans fanfare Bamboula avec son slip de tarzan et son amour du cacao.

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Il aimait la vie et les animaux,
Les petits gâteaux et... le cacao.
BAMBOULA
Bien plus adroit que Robin des Bois
BAMBOULA
de Bambouland tu es le roi.

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