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Francis Paudras "La Danse des Infidèles", un grand coup en plein Bud.

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Il existe une époque où l'arrivée d'un disque par la poste pouvait retarder de trois jours un départ en vacances longtemps attendu, le temps de s'abreuver jusqu'à plus soif de l'inédite musique. C'était il y a un peu plus de cinquante ans, à Paris où le jeune illustrateur Francis Paudras se mourrait d'amour pour le jazz, pour Bud Powell, et évidemment c'est un disque de ce dernier qui avait enchainé le Parisien à sa platine. Si l'anecdote est amusante, elle éclaire aussi la relation fusionnelle qui a unit les deux hommes pendant plusieurs années, où suite à un passage du pianiste dans les clubs enfumés de la capitale son admirateur le plus fervent a petit à petit pris place à ses côté. Bud Powell fascinait par son talent mais il se perdait déjà, à la merci de ses démons intérieurs mais surtout de tous ceux qui avaient vite fait de profiter de ses faiblesses, et Francis Paudras n'eut pas d'autre choix (en tout état de cause, il présente son engagement comme une évidence absolue) que de prendre son idole sur ses épaules avec la tendresse et l'admiration infinies qu'un père aurait pour un fils prodigieux mais fragile.

"La Danse des infidèles" n'est donc qu'un long cri d'amour, à la fois passionnant et déchirant, mais au-delà de la relation inouïe qui lia les deux hommes, c'est un regard sur un autre monde qui semble avoir disparu avec la télévision couleur et le téléchargement musical. Il y eut ainsi la vie parisienne, les clubs, l'amitié et surtout la lente et joyeuse résurrection, puis il y eut New York, et l'incroyable épopée des deux hommes. La ville immortelle, ses lumières, sa vie, son jazz et ses jazzmen aussi prompts à célébrer l'un des leurs quand il brille qu'à l'ignorer quand il sombre. Il y eut les doutes, les bonheurs et les malheurs d'un petit frenchie qui découvrira les vices de ce milieu et aura l'insigne honneur de se faire barboter vingt dollars par Lee Morgan. Il y aura aussi Thelonious Monk, le seul sans doute à comprendre Powell qui accueillera son vieil ami en l'invitant à faire l'avion avec lui...

La galerie de portrait des figures du jazz d'après-guerre est fabuleuse, même si ce n'est qu'un détail d'une histoire qui tutoie le fantastique par moment à travers l'engagement total du français envers son ami. D'ailleurs, il ne parlera que de Bud ou presque, éludera en un paragraphe le pire des drames personnels et, à défaut de parler du musicien, exécutera l'homme Miles Davis en dix mots. Mais l'intérêt de ce livre est bien au-delà, livre sur la musique, le jazz sans doute, mais surtout livre sur un artiste hors norme qui aura promené avec lui son génie, sa moustache et toute une vie de souffrances qui le rendait si hermétique et que Francis Paudras fut le seul sans doute à comprendre, car il l'aimait plus que tout.

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